Wisdom of Life

2e journée au colloque JECI MIEC: ça chauffe sur la question de l’homosexualité et des enseignements de l’Eglise catholique!

       La deuxième journée de « Voir » s’annonce tout aussi passionnante avec notamment l’intervention « Orientation sexuelle et homosexualité » de notre expert français Clément, de l’association David et Jonathan et, dans la foulée, une intervention intitulée « Sexualité et responsabilité : la position de l’Eglise ».  

 

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           Arrivé dimanche en Pologne, Clément avait pris le soin de rester assez vague quant au contenu de son animation. Seuls l’équipe de préparation et quelques participants savaient de quoi il retournait. Première étape : écrire sur un post-it ce que l’on pense (vraiment) de l’homosexualité. Au moment du tour de table, les expressions de « respect », « liberté de choisir » et « égalité des droits » côtoient ceux de «  projet de Dieu pour les homosexuels » ou encore d’ « anomalie ». Clément introduit alors le sujet à partir de trois axes : l’homosexualité en général, l’association David et Jonathan et enfin, sa propre expérience en tant qu’homosexuel. Effet de surprise garanti ! Les participants étaient plus attentifs que jamais.

           L’homosexualité n’a rien d’un phénomène nouveau puisque l’on en retrouve des traces depuis la Préhistoire. La nouveauté est qu’elle soit aujourd’hui présentée comme un choix de vie (par exemple par des personnages publics ouvertement homosexuels) plutôt que comme des actes isolés. De plus, on a observé une montée des mouvements LGBT en parallèle avec d’autres revendications (féministes, contre la peine de mort, etc.). Si l’on regarde un peu en arrière,  on constate que l’évolution est réelle, la présence de Clément en tant qu’expert dans un tel événement en est un exemple flagrant. Celui-ci a alors mis les deux pieds dans le plat en présentant le modèle qui distingue sexe biologique, sexe ressenti et orientation sexuelle. S’appuyant sur son exemple favori d’une tribu du lac Titicaca où tous les hommes cousent, il demande alors aux participants s’il devrait se sentir comme une femme dans une telle société. Le vaste chantier de « faucher les idées reçues » est alors engagé : non, il n’y a aucune preuve scientifique de l’existence d’un gène de l’homosexualité, non toutes les féministes ne sont pas lesbiennes et inversement et non les homosexuels ne forment pas un bloc monolithique qui serait basé sur leur simple orientation sexuelle. Etre homosexuel soi-même ne signifie pas être ami avec tous les homosexuels ou avoir tous les mêmes revendications : « En arrivant à Varsovie, j’ai vu un bar gay. Je n’y suis pas entré : je préfère les monastères ». La salle rit de bon cœur.

           Reprenant les post-it des participants, Clément raconte alors son expérience personnelle : il aurait aimé entrer dans les standards de la société français, avoir une femme et des enfants mais il sait qu’il n’aurait pas été heureux. L’idée que se marier avec une femme ferait disparaître sa réelle orientation sexuelle est une illusion qui peut parfois avoir des conséquences dramatiques. L’Eglise elle-même est en difficulté sur le sujet de l’homosexualité. Selon les sondages, environ 40% des catholiques français se déclaraient en faveur du « Mariage pour tous ». Le rapporteur de la loi, Erwann Binet était lui-même un catholique pratiquant, marié et père de cinq enfants. Pourtant, en Afrique, alors que les lois homophobes se multiplient, l’Eglise catholique reste muette tandis que Benoît XVI avait de son côté interdit aux homosexuels ou à une personne défendant la culture gay de devenir prêtre. En ce qui le concerne, Clément ne voit pas d’opposition frontale entre sa foi et son attirance pour les hommes : « Heureusement, Jésus n’a rien dit contre nous ! ».

           Lorsque vient le temps des questions, beaucoup de mains se lèvent. Je formule la première remarque sur le terme d’ « homosexuel » qui me semble partiel et dangereux : les relations amoureuses ne se limitent pas au simple acte sexuel. Ne pourrait-on pas lui préférer des termes plus complets comme « homophile » ou « homosensible » ? Clément approuve et ajoute que le terme de « gay » est aujourd’hui davantage lié à une identité qu’à la seule orientation sexuelle. La deuxième question vient de Paul, membre de l’Astru Cluj (Roumanie) : « pourquoi avoir fait exprès de ne pas avoir abordé l’adoption ? ». Un simple manque de temps selon Clément qui définit le mariage comme « un contrat d’amour entre deux personnes » (par opposition à un contrat dans le but de fonder une famille). Il ajoute que les cas d’adoption par des personnes homosexuelles sont ultraminoritaires (un agrément en France à ce jour, 10 par an en Belgique). Réaction instantanée sur côté de Paul et Sofiya (Obnova Ukraine) qui soulignent les différentes manières d’aimer par un homme et par une femme. Le mot « normal » est prononcé et donne lieu à des protestations : la norme est la construction sociale par excellence. Antonio (MCE Portugal) et Anne (JEC Luxembourg) défendent de leur côté l’idée que ce que les enfants ont besoin, c’est avant tout d’amour, ce que peut lui donner un couple homosexuel comme hétérosexuel. La demi-heure de pause qui suit n’interrompt pas les intenses débats.

10171696_1019923788033403_1508774326313337015_nLes débats se poursuivent même pendant les pauses!

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           Le temps suivant, animé par la psychologue Barbara Purgal, s’annonçait tout aussi passionné : la position de l’Eglise catholique romaine sur la sexualité. L’objectif était notamment de présenter la théologie du corps.

           Quel est l’objectif de l’acte sexuel et a fortiori du mariage ? De protéger la sexualité qui se caractérise par sa fragilité. Le corps est un outil, un moyen de transmettre ses émotions (70% de communication corporelle) et la sexualité est une énergie qui nous mène de la solitude à la relation à utiliser avec précaution. Le mariage a quant à lui deux fins : l’aide mutuelle (pour atteindre le salut) et la procréation (sinon : essayer d’être fertiles dans d’autres domaines). L’acte sexuel peut être considéré comme une preuve d’amour seulement depuis Vatican II. Les trois seules raisons valables au célibat sont : le sacerdoce, le divorce et la vocation (un participant taquin demande si l’Eglise a pensé au célibat par défaut : pas de réponse). Selon un évêque polonais, « toute relation sexuelle hors mariage est un acte vaniteux » (vain en anglais : dans le sens d’inanité) car non bénie par Dieu. L’expression passe mal chez certains participants.

           Le temps de questions est à nouveau très animé, encore davantage que le précédent. Paul reprend la parole pour aller dans le sens de l’intervenante : le mariage n’est pas une création des Hommes mais celle de Dieu qui le bénit. Nuno (Secrétaire Général de la JECI) glisse alors que le premier mariage de l’Humanité serait égyptien et donc bien antérieur au christianisme. Sofiya et Paul maintiennent leur idée, ce dernier lançant à ceux qui protestent que « pour ceux qui ont eu une relation sexuelle (had sex) avant le mariage, car oui, il s’agit bien uniquement de sexe et non d’amour, c’est un acte vaniteux ». Le débat s’enflamme quelque peu à ces mots. Timothée (JEC France) pose la question des annulations de mariages qui lui semblent être tout à fait hypocrites. L’intervenante souligne qu’il s’agit d’une invalidation et non d’une annulation : les conditions n’étaient pas réunies à la base pour célébrer ce mariage. Timothée rebondit en considérant que l’Eglise ne reconnaissant pas le divorce, les divorcés (remariés ou non) ne le sont pas aux yeux de l’Eglise et devraient avoir la possibilité de communier. Je pose la dernière question de la session en demandant si, aux yeux du Vatican, les mariages célébrés dans un autre cadre que l’Eglise catholique, quelque soit l’époque ou la société, est « vain ». La réponse est sans appel : oui. Ah ? Bon… Inutile de dire que le déjeuner est rythmé sur les blagues récurrentes sur la vanité des uns et des autres.

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           L’après-midi est consacré aux contributions des participants dans un premier temps et sur le désordre psychologique de la pédophilie. Des sujets a priori plus factuels et consensuels… a priori seulement !

           Les participants présentent les uns après les autres la législation de leur pays concernant le mariage, le divorce, l’avortement, la PMA, etc. ainsi que sa situation démographique. Les trois représentants français proposent ainsi une frise chronologique partant de 1789 pour arriver à nos jours, détaillant au passage les acquis en matière de droit des femmes ou les réformes éthiques (et la victoire de 98!). On écoute et on apprend beaucoup sur les autres pays: l’avortement n’est que toléré en Allemagne, le mariage homosexuel vient d’être autorisé au Luxembourg, les discussions sur le genre sont également très intenses au Sénégal, etc. Si les opinions de chacun transparaissent clairement dans les présentations, les questions sont plus à but informatif. On mesure aussi à quel point les différences de législation sur ces questions fondamentales s’expliquent par des différences de mentalité et d’approche.

           Le sujet suivant du désordre de la pédophilie s’avère beaucoup plus clivant que je l’attendais. En l’absence de Markus, aumônier et docteur en psychologie, c’est Timothée qui se voit confier le rôle d’animateur improvisé. Le terme de pédophilie est réexpliqué dans sa définition scientifique (se distingue de l’ephebophilie et des abus sexuels), certes quelque peu contestable, d’une attirance répétée sur un durée de 6 mois et plus pour des enfants de moins de treize ans ou âgé de cinq ans de moins que l’individu. Max, le coordinateur européen, souligne le fait que la question est prise très au sérieux dans son diocèse où toutes les personnes travaillant avec les enfants doivent d’abord suivre une sensibilisation à ces comportements. Trois conseils sont donnés: dénoncer l’individu à la police, venir en aide à la victime, venir en aide à la personne qui ressent de tels pulsions. Chacun raconte les affaires de pédophilie marquantes dans son propre pays. La question du pardon se pose avec insistance. Une autre interrogation fait monter la température: que doit faire un prêtre qui se voit confesser par un individu des actes pédophiles peut-il et doit-il aller le dénoncer à la police? Une nouvelle fois, le débat se structure en deux camps: Europe de l’Ouest vs. Europe de l’Est. Les premiers soulignant que le fait que le prêtre est aussi un citoyen et qu’il doit en respecter les lois (ne pas agir serait de la non-assistance à personne en danger), les seconds arguant que 1) le prêtre n’est qu’un intermédiaire dans une relation entre Dieu et l’individu et n’est donc pas autorisé à briser un sacrement et 2) que l’individu qui vient se confesser regrette et mérite le pardon. Autant vous dire qu’à l’évocation de ce dernier argument, certains en sont tombés de leur chaise…

           La deuxième journée s’achève donc sur un nouveau débat épineux: sans vraiment le réaliser, nous sommes déjà entrés dans la phase du « Juger ». Un peu trop vite, peut-être.

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