Wisdom of Life

3e journée : Plutôt lit double ou lit simple ?

      Troisième journée de ce colloque sur la sexualité, dernière du « Voir » et déjà les langues se sont bien déliées. Les temps informels, le travail du comité « Social » et le dynamisme de l’équipe européenne n’y sont pas pour rien.

 

      Après la traditionnelle prière du matin, la psychologue Barbara Purgal entame sa seconde intervention cette fois consacrée aux « décisions, choix de vie et préjugés : la perspective de l’Eglise ». Vous avez dit provocateur ? Une première précision est apportée au terme « vain » utilisé hier, la traduction serait davantage « présomptueux ». La clarification ne rallie pas les foules pour autant. L’experte rappelle tout d’abord que pour les chrétiens, le principe de base est l’accueil sans jamais juger (vous sentez venir le « mais » ?). « Juger une personne ne définit pas qui elle est… mais qui tu es ». Le Nouveau Testament est assez ambigüe sur la question : Mtt 18, 15-17 nous pousserait à être ramener les contrevenants par des moyens toujours plus durs (deux ou trois personnes puis la communauté toute entière avant une éventuelle exclusion) alors que Mtt 13, 28-30 irait davantage dans le sens d’une grande modération.

      La question épineuse des relations avant le mariage est abordée (mon voisin Clément me demande en aparté si je fais partie de la communauté de PAM = pas avant le mariage ou des PAF = pas avant les fiançailles. Fou rire) avec la question apparemment essentielle du lit lorsque l’on invite des couples non mariés. Certains (notamment chez les Grecs) penchent pour leur demander avant et les Européens de l’Ouest disent faire confiance et respecter. Nuno, suivant le chemin montré par le Pape François, demande : « qui suis-je pour les juger ? et pour leur dire quoi faire ». L’intervenante ainsi que les autres membres des pays d’Europe de l’Est soulignent le problème de la tentation : en dormant dans le même lit, on encourage ce couple à avoir des relations avant le mariage. Or, en tant que chrétiens, nous ne devrions pas les y inciter. Paul annonce que les relations hors mariages sont bien condamnées dans le 6e commandement ce qui est démenti : l’adultère implique d’être marié. Pour autant, les positions restent figées. Nuno insiste sur l’importance de replacer les Ecritures dans leur contexte : à l’époque, les jeunes filles étaient mariées à 13 ans, pré-pubères. L’Eglise doit aussi vivre dans le monde qui est le sien.

      La suite de la présentation n’est pas moins sujette à discussion chez les participants. L’importance de la fertilité d’un couple est rappelée, ce qui exclue d’office le recours à toute forme de contraception ou à l’avortement. La sexualité doit toujours être tournée vers les autres ce qui exclue également la masturbation, la pornographie, etc. Les homosexuels sont eux invités à rester chastes et célibataires. Les jeunes couples à ne pas avoir de relations sexuelles avant le mariage et à vivre séparément jusqu’à celui-ci. Sofiya partage ce point de vue en faisant valoir que le fait de vivre ensemble n’aide pas à rester chaste en raison des tentations. Anne exprime sa surprise et explique qu’au Luxembourg, ces questions ne sont quasiment plus discutées et que même certains prêtres l’acceptent. Timothée choisit ce moment pour jeter un pavé dans la mare en expliquant que, pour lui, ce qui compte, c’est avant tout le Nouveau Testament qui dicte avant tout l’amour et la tolérance.. Romana argue le fait que ce n’est pas parce que Jésus est venu qu’il a aboli tout le reste. Nuno explique que Jésus respectait bien les commandements de la loi juive mais qu’il en a établi un plus grand qui est l’amour du prochain. De plus, il est allé à contre-courant de la loi à plusieurs reprises parce que la religion s’était écartée de son objectif premier et était devenue une loi politique. Pour lui, être catholique, c’est avant tout appartenir à une communauté de personnes diverses et « pas à une communauté de personnes qui se retiennent avant le mariage ». Il demande à chacun de respecter le point de vue de l’autre et à ne pas prononcer ainsi des exclusions de l’Eglise.

      Maria réagit à la remarque d’Anne en expliquant que « ce n’est pas parce que le prêtre n’a pas été courageux pour dire que c’était un péché que ça n’en était pas un ». Ambiance. Clément demande comment il est possible de suivre ainsi l’Ancien Testament à la lettre alors que les Patriarches étaient tous de grands polygames. Nuno en profite pour rappeler que si la masturbation n’est pas la réponse à tous les désirs humains, elle conserve des vertus pour l’esprit comme pour le corps. C’est au contraire son interdiction qui provoque des désordres psychologiques. C’est lorsqu’elle devient une obsession qu’elle est problématique. Paul conclue la session en estimant que ces questions ont été largement discutées à Vatican II et que si la décision avait été prise de ne pas changer la doctrine de l’Eglise, il y avait de bonnes raisons pour cela.

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Durant la pause café, je discute avec Maria et Barbara de leur méthodologie des sciences humaines qui me semble très imprégnée de morale catholique là où je suis habitué à une approche plus neutre. Cette dernière m’explique en substance que cela n’a rien d’inhabituel dans l’enseignement en Pologne bien que des disparités existent entre les universités.

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       Max se charge du second temps consacré à une approche alternative de la sexualité et du genre selon Judith Butler. Celle-ci développe sa théorie dans l’ouvrage intitulé Man of postmodern times. Celle-ci se définit comme une postféministre qui s’oppose à la fois aux études de genre et à la traditionnelle opposition hommes/femmes. Judith Butler considère que le féminisme se trompe de combat car il reproduit la bipolarité sans en résoudre les problèmes. De même, les études de genre et les religions restent ancrées dans cette idée. Butler choisit elle de nier le sexe parce que la nature n’existe pas. Tout vient de la culture : le sexe, le genre ainsi que la perception de ce qui est naturel (ainsi que l’existence de Dieu). Ainsi, un nouveau-né devrait être appelé « bébé » jusqu’à ce qu’il soit en âge de se définir lui-même. Réaction interloquée de l’ensemble des participants… et moment d’hilarité générale lorsque Paul s’écrie : « Mais voyons, l’homme a un pénis. Il peut le voir, il peut le toucher ! ». « Non, surtout pas ! » s’écrient en chœur ceux qui défendaient les bienfaits de la masturbation quelques minutes plus tôt. Pour Butler, il faut abolir cette bipolarité et l’ « hétérosexisme » pour en finir avec les questions de sexe et de genre.

            Nuno exprime ses réserves quant à cette théorie. Le langage est un outil : même si demain il était possible de faire disparaître les mots « fille » et « garçon », ils réapparaîtraient sous une forme ou sous une autre. Il existe des différences physiques visibles indéniables. Cependant, il est bon d’être conscient que beaucoup de réalités sont en fait socialement construites et Clément en profite pour rappeler les dangers de la dictature de la société. Maria s’inquiète elle de l’absence de moralité et de Dieu dans ce modèle. Ani, d’Oxfam Arménie, insiste quant à elle sur l’importance d’être ouvert à ces modèles de déconstruction.

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Le début d’après-midi est consacré à quelques recherches sur les positions des autres religions et philosophies concernant les sujets discutés. En l’absence des deux intervenants, un rabbin et un imam, censés nous éclairer. En petits groupes, les participants découvrent les visions de la sexualité chez  les hindis, les bouddhistes, les juifs et les musulmans. Chaque groupe envoie ensuite un représentant pour exposer ses résultats. On observe d’ailleurs les mêmes divisions internes que celles de la religion catholique (notamment chez les juifs libéraux et orthodoxes). La deuxième partie des animations concerne les cas de pédophilies dans l’Eglise catholique. Chaque groupe est invité à trouver un cas et à l’exposer aux autres groupes. Les mines sont très graves (et fatiguées !) : on est bien loin de l’ambiance des autres ateliers.

Sans doute les participants avaient-ils gardé leur salive pour le temps suivant : la préparation de la session parlementaire du lendemain. Pour la république nouvellement créée d’Euralia, c’est leur de discuter de sa législation en matière de famille et de sexualité. Trois groupes sont constitués par l’équipe européenne : la droite, le centre et la gauche. Légère subtilité : les participants ne choisissent pas eux-mêmes leur positionnement dans l’Assemblée. Certains, comme votre serviteur, ont ainsi été placé dans le groupe des conservateurs. L’ambiance y est très chaude : Nuno, Mariana (MCE Portugal) et moi d’une part, Claudia (EKNE Grèce) et Maria d’autre part nous opposons frontalement sur la plupart des sujets. Le problème est évident : certains défendent leurs idées et leurs valeurs quand d’autres en sont très éloignées. Pourtant habitué aux débats politiques, y compris pour défendre des idées qui ne sont pas les miennes, je dois témoigner des efforts presque surhumains qu’il a fallu déployer pour cet exercice : ce qui sortait de ma bouche me semblait absolument contraire à tout ce en quoi je croyais. L’expérience a été tout aussi éprouvante pour mes deux autres compères.

Après cette journée épuisante, nous avions bien mérité un petite bière avant d’aller dormir !

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