Wisdom of Life

4e journée du colloque JECI-MIEC : « Where do you stand ? »

         Retour dans la banlieue boisée de Varsovie, à Larski, où la coordination européenne JECI-MIEC organise son colloque intitulé « La sexualité et les jeunes chrétiens dans l’Europe du XXIe siècle – Le choix de notre style de vie ».  Les discussions autour du « Voir » ont été des plus intenses avec des oppositions frontales sur les valeurs défendues. La phase du « Juger » doit quand à elle se dérouler sur… une demi-journée ! Une simulation de session parlementaire puis un exercice de la « Ligne rouge ». Récit par un participant.

 

         Ambiance bizarre au petit déjeuner, surtout chez les conservateurs dont je fais (fictivement) partie. Nous appréhendons les débats qui vont suivre et plus particulièrement nos propres déclarations. Dernière réunion préparatoire avant l’ouverture des débats. Nous nous accordons sur nos positions : ce sera non à tout et sans aucune concession (difficile de transiger avec notre collègue polonaise qui, elle, défend ses idéaux…). Pour se changer les idées, nous décidons d’aller faire du lobbying (conservateur) auprès des deux autres groupes. Ca fonctionne. Un peu trop bien sans doute. Nous réussissons, non sans mal, à convaincre les centristes de limiter le nombre d’exceptions à l’avortement et à considérer la pilule du lendemain comme un recours à l’avortement et non un moyen de contraception. Constituée essentiellement de conservateurs, la gauche est presque trop facile à convaincre : nous leur conseillons plutôt de proposer une « union civile » et non un « mariage » pour les couples homosexuels. Ils acceptent. Aïe.

         La session parlementaire débute par le « show » de l’équipe européenne qui met en scène l’arrivée de la Présidente de la République, Eirini, et de Mme le Premier Ministre, Romana, toutes deux en rouge tandis que Max joue au journalisme, armé d’une brosse scotchée à un manche à balai en guise de micro. Pas du tout provocateurs, nous crions au complot communiste et à l’ingérence de l’exécutif dans les affaires du législatif. Antonio, Président de l’Assemblée, et Anne, Vice-présidente, nous rappellent (gentiment) à l’ordre mais Nuno, Mariana et moi décidons de jouer, pour le meilleur et pour le pire, le rôle de députés ultraconservateurs. Fallait pas nous mettre là ! Les prises de paroles s’enchaînent, nous applaudissons à tout rompre nos porte-paroles en brandissant des pancartes « pro-life » et (un chouia) extrêmes : « Miracles happens », « Yes to love, no to sex », pour réclamer de nouvelles élections (pourvu que les photos ne terminent pas sur les réseaux sociaux !), … avant de finalement renommer le parti « Freedom, God and Life ». La présidence et l’Assemblée sont trois quart amusées, un quart irritées. Nous ne sommes pas les seuls à ne pas se prendre au sérieux : Timothée s’autoproclame maire tandis que son parti centriste brandit son étendard. Difficile de rester de marbre quand les mots qui sortent de notre bouche ne sont pas les nôtres. Les débats sont animés mais assez peu cohérents.

JECI-MIEC Colloquium Poland 5-12 oct 2014

Timothée, nouveau maire d’Euralia

           A la fin de la session parlementaire, nous quittons le jeu de rôle : chacun est appelé à voter (à bulletin secret) pour l’un des partis représentés selon sa conscience. Les résultats sont assez nets: 8 voix pour la gauche, 5 pour le centre, 4 pour la droite. Ouf, nous avons perdu le débat ! La tension retombe quelque peu.

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         Après la pause café, nous profitons du temps exceptionnellement doux pour entamer la deuxième partie du « Juger ». Nous débriefons rapidement la session parlementaire. Nous énumérons nos difficultés dans le groupe des conservateurs : visions très différentes de l’exercice, certains défendaient leurs idées, d’autres devaient aller complètement à revers de leurs valeurs, etc. Dans l’ensemble, l’évaluation de l’exercice est mitigée. Paul et plusieurs autres participants ont particulièrement apprécié tandis que beaucoup se sont sentis mal à l’aise. La première étape consistant à revoir ses définitions les plus essentielles (d’ « être humain », « vie », « respect », …) a sans aucun doute constitué un blocage déterminant. L’équipe européenne met ensuite en place la deuxième animation, beaucoup plus personnelle : la « Ligne Rouge » avec cette question presque philosophique « Where do you stand ? » (littéralement : « où te tiens-tu ? »). Chaque participant doit désormais se positionner face aux différentes affirmations : « Oui », « Non » ou « Ca dépend ». Pour certains, c’est le moment de dévoiler ce qu’ils pensent réellement.

         Premier thème et premier problème : la légalisation de l’avortement. Pour beaucoup, la question semble trop difficile à trancher par un « oui » ou un « non » franc sans pour autant être 50/50. Une majorité de participants se place sans hésiter du côté du « non ». De nôtre côté, quelques uns vont vers le « oui », plusieurs pratiquent le grand écart entre deux camps. Nuno se prononce pour une dépénalisation, je précise que l’avortement doit être la dernière solution mais que les moyens doivent être donnés. Nuno me rejoint dans mon grand écart « oui/ça dépend ». L’arbitrage par l’une des membres de l’équipe européenne manque clairement d’impartialité, nous le faisons remarquer.

         Les thèmes suivants seront heureusement moins problématiques : mariage homosexuel et adoption par des couples homosexuels (les relations avant le mariage et la contraception ont mystérieusement disparus des écrans radars). Les positions sont bien tranchées : une petite majorité contre et l’on retrouve nos 7… non 9 « experienced sinners » (pécheurs expérimentés) dans le camp du oui. Les phases d’explication par chaque camp sont polies mais assez féroces. Sofiya nous demande ainsi 1) quelle serait notre réaction si l’un de nos enfants était lui-même homosexuel et 2) si l’on accepterait que notre enfant soit adopté par un couple homosexuel. On ne nous laisse pas de droit de réponse. Qu’importe, Nuno parle pour nous tous en leur retournant d’abord ces questions qui pour nous ne posent pas problème. Il leur rappelle ensuite que notre opinion a été forgée à partir de nos expériences et qu’il ne s’agit pas d’une décision prise ce matin au réveil. Encore une fois, les échanges sont calmes mais les lignes de fractures sont profondes.

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         La pause de midi est agrémentée d’une balade dans la forêt polonaise et d’une discussion tout aussi animée sur l’interdiction des corridas. Après les débats sur nos choix de vie, celui-ci paraît incroyablement léger. Le cimetière du centre et ses tombes entièrement fleuries sont magnifiques en automne.

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         Le temps de l’après-midi dédiée à l’élaboration de l’action débute plutôt sur de bonnes bases : chacun écrit sur un post-it le sujet qu’il souhaiterait approfondir. L’idée est de réaliser une action de communication sur les réflexions développées lors du colloque et ce dans les rues de Varsovie. Les prises de positions de la matinée ont considérablement marqué les esprits. Ainsi, les termes de « respect de la dignité humaine » et de « liberté de choix » apparaissent sur toutes les contributions des libéraux (à côté d’un post-it « relativisme ») tandis que plusieurs indiquent vouloir travailler sur la question de l’avortement ou de la pédophilie dans l’Eglise. On commence par s’orienter vers des actions séparées mais l’équipe européenne ainsi que certains participants poussent pour une action commune : quelle cohérence aurions-nous si deux groupes prêchaient chacun pour une vision différente à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre ? Paul propose d’écrire des messages « pro-life » dans les rues de Varsovie. Nous protestons vigoureusement. Les discussions s’éternisent et nous tournons en rond tant les conceptions du sujet sont différentes. Le terme d’ « être humain » est lui-même sujet à débat entre les participants ».

         Après quatre heures de tractations, un vote fixe la forme de l’action : une Flashmob. Le fond est toujours aussi flou. Laura fait le bilan des points sur lesquels doctrine catholique et société civile (sous-entendus les libéraux) s’accordent. Nous tombons dans des affirmations assez vagues pour être approuvées par tous du type « être fidèle, c’est bien » ou « il faut condamner les actes pédophiles ». Je fais partie des sceptiques : faut-il à tout prix faire une action, même si elle semble vide de sens ? Ne vaut-il pas mieux approfondir le « Juger » que d’agir dans le vent ? Trois groupes sont formés avec pour mission de mettre en place une animation sur trois thèmes : le respect de l’enfant, la fidélité dans la relation et le respect de l’être humain. A la fin des ateliers, il est presque 22h.

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