Il était une fin… de colloque en Pologne!

          Voici donc, avec un certain retard, la fin de notre chronique sur le colloque JECI-MIEC sur la sexualité. Celui-ci s’est déroulé lors de la deuxième semaine d’octobre près de Varsovie avec la participation d’une vingtaine de jeunes issus de dix pays. De l’avortement à la pédophilie, des relations sexuelles pré-maritales à la masturbation, les débats des premiers jours ont été d’une rare intensité. Rien d’étonnant quand on aborde un sujet aussi intime que… sa propre intimité !

 

          Après une (trop) courte phase de « Juger », nous devions maintenant passer à une action concrète. Quoi de plus difficile quand sur à peu près chaque thématique, deux positions inconciliables s’affrontent ? La solution choisie au final : un retour aux « valeurs fondamentales » avec la magie cosmétique d’une flashmob. Le respect de l’autre, le rejet de la pédophilie et la fidélité dans le couple semblaient faire (à peu près) faire consensus. Au final : trois groupes, trois mises en scènes successives sur différents lieux passants de la capitale polonaise. De la sortie de métro à la sortie du centre commercial et à l’entrée du centre ville, notre action attire la curiosité de plusieurs passants. Certains s’arrêtent même pour regarder la mise en scène jusqu’à la fin puis viennent nous questionner. Un groupe de jeunes alternant le polonais et l’anglais avec des pancartes, ça interpelle à coup sûr ! Bref, faites une flashmob dans la rue et vous aurez un public.

          Pour autant, comme nous allons le voir, quand le fond pèche, peut-être vaut-il mieux s’abstenir. Car en voulant montrer l’unité de la coordination européenne, nous nous sommes heurtés à deux problèmes majeurs. Premier problème : lorsque nous parlions tous d’une seule et même voix et que nos paroles faisaient consensus, nos mots nous semblaient à nous-mêmes fades et dénués de sens. Même s’il est parfois nécessaire de rappeler le b-a-ba du vivre ensemble, de telles actions n’ont guère de portée dans un public qui ne fait que passer. Condamner la pédophilie est sain(t) mais n’a pas la même signification pour tout le monde (cf. épisodes précédents). En voulant à tout pris le terme ou le thème qui faisait l’unanimité parmi les participants, et en raison de nos disparités, nous en arrivions à un point où tout ce que nous disions faisaient également la quasi-unanimité dans la société européenne. Deuxième problème : en choisissant l’option d’une action commune, nous n’avions renoncé à toute possibilité d’exprimer toute opinion discordante… ou presque !

          Der Teufel steckt im Detail (le diable se cache dans les détails) comme on dit en allemand. Alors que nous cherchions la veille des points de consensus entre tous les participants, j’ai eu le malheur de dire que nous étions tous en accord sur le fait que l’avortement n’était pas un acte anodin. Quelle erreur ! Le secrétaire, un tantinet subjective, avait traduit ma pensée par « Abortion is wrong » (ensuite recyclée en « Abortion is bad »). Comble de malchance, ce thème avait été attribué à un groupe composé uniquement de conservateurs. Lorsque nous nous sommes rendu compte de notre négligence, il était déjà trop tard pour faire marche arrière.

          La flashmob terminée, le reste de la journée passait paisiblement en marches dans le centre ville entièrement reconstruit sous un soleil magnifique. Une photo des « Experienced Sinners » (les pécheurs expérimentés… et fiers de l’être !) venaient immortaliser le moment. Après une soirée conviviales à découvrir la vie nocturne de Varsovie, nous rentrions, plus ou moins tôt !, prendre un peu de repos avant la dernière journée du colloque.

 

          Qui dit « Action » à la JEC sous-entend nécessairement une phase d’évaluation pour démêler ce qui a fonctionné de ce qui peut être amélioré. L’équipe de préparation avait pour cela fait preuve d’une belle imagination en alternant les modes de notation : un peu de gym, ramassages de feuilles, etc. L’évaluation de l’action commençait comme l’élément qu’elle entendait noter : de la manière la plus consensuelle possible. Le code ? Assis par terre = peu satisfait, debout = satisfait, debout sur la chaise = très satisfait. Si les participants se montraient généralement heureux du message global véhiculé, plus nous allions dans les détails, plus les sujets de mécontentement émergeaient. Le groupe chargé du thème de la fidélité dans le couple se montra sans pitié avec sa mise en scène (qui lui avait été suggérée), la jugeant misogyne et rétrograde. En revanche, le groupe « Respect de l’autre » (dont je faisais partie) se montra très satisfait du message véhiculé… sans pour autant être convaincu de sa portée. Au moment de juger les messages véhiculés par les autres groupes, les « Experienced Sinners » innovaient dans les règles d’évaluation… en s’allongeant à plat ventre sur le sol. Le message « Abortion is wrong » choisi par le 3e groupe était jugé au mieux comme un malentendu, au pire comme une marque de respect évident alors que nous sortions d’une semaine de débats où chacun connaissait parfaitement l’opinion de chacun sur ce sujet. Le reste de l’évaluation se déroula dehors selon de nouvelles règles : deux bacs, un « positif », un « négatif » avec des feuilles de chêne à répartir selon son opinion, notamment sur les aspects techniques du colloque (nourriture, logement, etc.).

          La fin de journée fut consacrée à une expérience assez audacieuse de la part des Européens de l’Ouest (qui aurait dû être mise en place bien plus tôt) : réaliser un sondage strictement anonyme sur les pratiques et expériences liées à la sexualité de chacun des participants. Autant dire que l’équipe de préparation s’est montrée très réticente à cette idée et a insisté pour pouvoir formuler les questions. L’anonymat permet souvent de s’exprimer en toute liberté sur des sujets très difficiles pour certains et les résultats de ce sondage  pour certains et les résultats de ce sondage (seules deux participants n’ont pas souhaité y répondre) ont mis en lumière un décalage certain entre certains discours entendus et les réalités vécues par chacun.

 

          En conclusion de cette (longue) chronique, je souhaite remercier chaleureusement l’équipe de préparation de la coordination européenne JECI-MIEC qui s’est donnée à 200% pour permettre la tenue de ce colloque envers et contre tout (y compris les visées impérialistes de Poutine, ce qui n’est pas rien !). Le sujet traité était très audacieux et malgré les écueils que j’ai pu détailler dans mon récit, je suis heureux d’avoir pu en discuter en profondeur et d’avoir le temps de le faire, y compris avec des personnes qui ne partageaient quasiment aucune de mes positions. Ce colloque a été une épreuve pour chacun d’entre nous. Si je n’y ai appris que peu de nouvelles choses, je pense qu’il était bon que certains voient et vivent la diversité qui existe dans l’Eglise. Certes, les anathèmes et les excommunications à proférer ne sont jamais bien loin mais beaucoup ont aussi su écouter avec attention avant de juger. Coïncidence amusante du calendrier, notre retour au pays concorda avec la fin du synode sur la famille alors que les médias français nous pronostiquaient une révolution dans l’Eglise catholique. Les conclusions de ces réunions ont mis en évidence le chemin qu’il nous reste encore à parcourir en la matière.

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